mercredi 21 février 2018

Emma dans la nuit



Dans une banlieue new-yorkaise cossue, de nos jours….

Les sœurs Tanner ont disparu depuis 3 ans, quand Emma est de retour, seule chez sa mère Judy, séparée de son père Owen et remariée à Jonathan. Cassie reste introuvable.

Trois ans auparavant, l’enquête menée par Leo et une psychiatre n’avait rien donné.
Alors qu’Emma est de retour, elle commence sa longue narration des faits. En parallèle (et c’est ce qui évite justement la monotonie d’un récit monocorde), Abby, la psychiatre analyse, décortique, scrute, enquête, cherche, gratte…Parce que pour elle, il y a beaucoup de choses qui ne tournent pas rond ; à commencer par cette famille recomposée qui au fil du roman révèle sa véritable image.

Inutile de chercher de l’action dans ce thriller hautement psychologique. C’est quasiment un huis-clos, dans lequel la tension, et la noirceur va grandissant, au fur et à mesure que les protagonistes livrent leur personnalité, que les liens familiaux ainsi que les interactions  entre les membres se mettent en place.

La vérité finira bien par éclater ; mais pas à pas, sans précipitation, après un labourage minutieux de Leo et Abby. Tout cela est dérangeant, et propulse le lecteur là où il ne serait pas forcément allé.

En d’autres termes, c’est le grand bluff !! J’ai vraiment beaucoup apprécié ce livre, tant dans sa construction, son style dynamique, que dans l’originalité de son scénario. Wendy Walker fouille remarquablement ses personnages et leur environnement. Elle confirme  ans ce livre le talent que j’avais découvert dans "Tout n’est pas perdu".

Un grand merci à Muriel et aux éditions Sonatine pour ce très bon moment de lecture !

Emma dans la nuit, de Wendy Walker, traduit de l’américain par Karine Lalechère, chez Sonatine (Février 2018, 300 pages)


Ancienne avocate spécialiste en droit de famille, en droit commercial et banquier d'affaires, Wendy Walker est romancière et éditrice.

"Four Wives" (2009) est son premier livre, suivi de Social lives".

Son roman "Tout n'est pas perdu" (All is not forgotten, 2016) est le premier publié en France.

Il est repéré par les producteurs de Gone Girl (2014) - Bruna Papandrea et Reese Witherspoon - et va être adapté par la Warner bros.

Wendy Walker vit avec son mari et ses quatre enfants dans le Connecticut.

dimanche 18 février 2018

La nuit introuvable



Marthe s’enfonce dans la nuit, tandis que son fils Nathan s’est expatrie en Slovénie, fuyant un divorce, et le décès du père.
Marthe et Nathan ne sont pas vraiment proches. Il ne se sent pas vraiment aimé d’elle, ni compris. Cette mère lui échappe. Depuis quelque temps, elle échappe à elle-même. Malgré tout Nathan revient. Cette mère qui semblait l’oublier a pris soin avant de sombrer totalement, de lui baliser un chemin sou la forme de huit lettres qu’il ne recevra que selon un procédé et un calendrier précis.

Alternant les lettres de Marthe et les réflexions de Nathan , ce premier roman est un remmaillage à rebours de la vie de Marthe et de de Jacques, le père de Nathan.

Nathan savait si peu de choses de sa mère ; de sa jeunesse, de ses amours. Au fond, que savons-nous de nos parents, hormis ce qu’ils ont bien voulu nous dire ? Leurs blessures, leurs chagrins sont autant de petits cailloux semés sur le chemin de leurs enfants ; ces cailloux qui souvent les font chuter ou vaciller.

Nathan finit par découvrir qui se cache derrière cette femme en apparence froide, et qui a tant de mal à aimer ce fils tant désiré. Une femme qui a aidé, qui a follement aimé, et fut aimée, une femme qui a souffert, une femme qui peu à peu a perdu pied sans s’épandre ni gémir ;

J’ai beaucoup aimé la douceur, la tendresse et la sincérité de Marthe, qui faute de pouvoir dire les choses, a préféré les écrire alors qu’il était encore temps.

J’ai aimé l’écriture douce et belle de Gabrielle Tuloup ; j’ai aimé son regard bienveillant sur Marthe, et l’attendrissement progressif de ce fils qui  fidèle à la mémoire du père est prêt à pardonner et à aimer.

Un grand merci à Anne et aux éditions Philippe Rey pour ce coup de cœur littéraire.

La nuit introuvable de Gabrielle Tuloup chez Philippe Rey (Février 2018, 150 pages)



Née en 1985, Gabrielle Tuloup a grandi entre Paris et Saint-Malo. Championne de France de slam en 2010, elle est maintenant professeur agrégée de Lettres et enseigne en Seine-Saint Denis.

samedi 17 février 2018

Paris-Austerlitz



Un narrateur dont on ignore le nom, qui dans ce court récit, raconte, de manière décousue et atemporelle, son histoire d’amour avec Michel.
Michel se meurt du sida. La mort rôde tout au long de ces lignes qui rappellent à chaque instant que cet amour fut aussi fort que bref.

Tout sépare les amants, en particulier leur niveau social, l’âge et leur physique.
Le narrateur ne nous épargne pas grand –chose ; autant de leur passion, de leurs déchirements, que de la déchéance de Michel. La réalité a vite pris le pas sur la passion minée par la jalousie, la lassitude, les incompréhensions et le désenchantement.

Ce qui me frappe, c’est l’absence d’empathiequi entoure ce roman. Cela n’inspire guère l’implication du lecteur. Certes, l’ouvrage est fort bien écrit, bien construit. Il aurait sans doute pu être moins rêche, moins distancié.
Une déception, voir une frustration au regard des deux sujets graves abordés par l’auteur sous des angles trop ingrats à mon goût.

Ne connaissant pas l’auteur, et l’abordant avec son dernier ouvrage publié avant sa mort, je ne suis pas certaine d’avoir choisi l’ouvrage qu’il fallait pour un premier contact, et pas certaine non plus d’avoir envie de refaire une tentative avec lui.

Paris-Austerlitz de Rafael Chirbes, traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, aux éditions Rivages (Octobre 2017, 130 pages)


Rafael Chirbes est né à Tabernes de Valldigna, dans la province de Valence, en 1949. Il vit dans un village entre Valence et Alicante.

Après des études d'Histoire moderne et contemporaine à Madrid, il décide de se tourner vers le journalisme et la critique littéraire.

Son premier roman, Mimoun, finaliste du prestigieux prix Heralde en 1988, a été traduit en de nombreuses langues. Dix sont publiés par les éditions Rivages.

Rafael Chirbes est considéré aujourd’hui comme l’un des auteurs les plus importants d’Espagne.Il est mort dans sa ville natale en 2015.


vendredi 16 février 2018

Après la vague



Il était une fois, un volcan qui s’effondre dans l’océan provoquant un raz de marée géant inondant une bonne partie de la terre…Ne survivent que celles et ceux suffisamment en hauteur . Madie, Pata et leurs neuf enfants semblent seuls au dans ce monde entouré d’eau, dans une maison qui ne tient plus debout, grignotée chaque jour un peu plus par la mer qui gagne du terrain. Il va falloir partir. Seulement, dans la vieille barque rafistolée, il n’y aura pas de la place pour tout le monde. Il faudra choisir qui partira….

Après la vague est l’histoire d’une errance vue sous deux angles différents, et d’un après l’errance.
Sandrine Collette instaure d’emblée une tension palpable dans un univers familial solidaire, joyeux et où la fantaisie de l’enfance à toute sa place. On s’attache véritablement à cette fratrie, et surtout les trois plus vulnérables, qui à mes yeux sont les plus soudés, les plus inventifs, et les plus tenaces.

Ce qui frappe c’est avant tout le côté lapidaire du style ; les phrases sont taillées au cordeau. Tout cela donne à l’ensemble le caractère de fin du monde tempéré par des personnages qui n’ont pas du tout envie de se laisser abattre, et dont l’humanité laisse toujours planer une petite lumière ; parce qu’au fond il  faut toujours y croire…

Chaque roman de Sandrine Collette est une nouvelle aventure ; Bien que restant dans  genre angoissant, elle se renouvelle pour nous bluffer à nouveau. Cette fois encore, je suis sous le charme.

Juste après la vague, Sandrine Collette chez Denoël (Janvier 2018, 300 pages)


Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.

Elle devient chargée de cours à l'Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et adresse son manuscrit aux éditions Denoël. Il s’agit "Des nœuds d'acier", publié en 2013.Suivront " Un vent de cendres"," Six fourmis blanches"," Il reste la poussière", et " Les larmes noires sur la terre" .

dimanche 11 février 2018

Le palais des miroirs



Il n’y a pas si longtemps, je me promettais de revenir vers la littérature indienne, la grande oubliée de mes choix de lecture.

J’y reviens cette fois, non pas pour l’Inde, mais pour la Birmanie, qui est le théâtre  principal de l’action de ce roman, mais pas que.

Nous sommes à fin du 19ème siècle, à Mandalay, capitale du royaume birman. Le roi est sur le point d’être déposé et envoyé en exil avec sa famille par les britanniques. Rajkumar, un pauvre orphelin qui vit ‘expédients et de petits boulots croise le regard de la belle Dolly au service des filles du roi.

C’est le début d’une histoire qui va se dérouler jusqu’à notre époque, à cheval sur 3 pays, l’Inde, la Birmanie et la Malaisie, et qui va nous exposer 3 familles dont le destin des membres se croisera à plusieurs reprises.

J’ai  beaucoup aimé ce roman. Son volet sentimental bien présent, n’en est pour autant pas trop mièvre. (Même si par moment, les ficelles sont un peu grosses, et les coïncidences un peu trop évidentes).
Amitav Ghosh a placé son ouvrage sous le volet historique. C’est ainsi qu’il nous éclaire sur l’histoire ce coin d’Asie, de son implication bien malgré lui dans la seconde guerre mondiale (avec l’invasion japonaise), et réveil indépendantiste indien. A ce propos, l’auteur met en lumière ces militaires indiens, combattant avec loyauté aux cotés des anglais dans un pays en proie à des désirs d’indépendance.

Ce roman est d’une construction linéaire, d’une écriture fluide. Il faudra juste se familiariser avec les termes indiens et birmans non traduits ; rien d’insurmontable en tout cas, et qui ne gêne en rien la lecture.

Ce premier contact avec Amitav Ghosh ( avec ce qui n’est à priori pas son meilleur roman) m’a conforté dans l’idée de poursuivre avec lui, et notamment sa trilogie achevée l’année dernière.

Le palais des miroirs d’Amitav Ghosh, traduit de l’anglais par Christiane Besse, chez Seuil (2002, 565 pages), disponible en poche chez Points (2007, 670 pages)


Né en 1956 à Calcutta, historien et anthropologue, Amitav Ghosh vit aux États-Unis. Ses romans Les Feux du Bengale (prix Médicis étranger 1990) et Le Chromosome de Calcutta (prix Arthur C. Clarke 1997) sont disponibles en Points. Ses romans suivants sont disponibles chez Robert Laffont et 10/18