dimanche 17 septembre 2017

Le secret d’Edwin Strafford



Martin Radford est ce qu’on appelle en lange n peu familier un raté. Historien, enseignant déclassé, il perd à nouveau son job. Sa vie privée n’est pas en meilleure état. La providence le pousse jusqu’à l’île de Madère où il fait la connaissance  de Leo Sellick, propriétaire d’une villa autrefois  détenue par un politicien anglais, le fameux Edwin Strafford……

L’histoire peut donc commencer… un journal, un long  journal d’environ 250 pages plonge d’abord le lecteur dans les arcanes du pouvoir politique dans l’Angleterre du début du 20ème siècle. Ce journal, c’est Martin qui le lit. Et bien entendu sa curiosité va le pousser à éclaircir bien des mystères planant autour de la disgrâce d’Edwin alors qu’il était promis à une belle carrière politique, et à un mariage d’amour. Rien de tout cela n’aura lieu.
Martin s’engage à corps perdu, en Angleterre sur les traces d’Edwin…

Robert Goddard conjugue à merveille l’histoire à la minutie d’un Sherlock Holmes pour nous offrir, à nouveau un thriller passionnant  en nous faisant pénétrer au cœur de l’institution politique britannique. Il manie le suspense avec une dextérité stupéfiante distillant çà et là les rebondissements jusqu’au final inattendu.

Comme à chaque fois, Robert Goddard sait captiver son lecteur .On ne s’y ennuie jamais, on y apprend plein de chose sur les us et coutumes de l’époque et certains milieux sociaux. Et si l’ambiance générale du livre rappelle le légendaire flegme britannique, il y a suffisamment de vie pour que le tout soit fort plaisant.

Une lecture détente de très bon niveau !

Le secret d’Edwin Strafford, de Robert Godard, traduit de l’anglais par Catherine Orsot Cochard, chez Sonatine (Mars 2013, 550 pages), disponible au livre de poche (Février 2014, 745 pages)


Robert Goddard est un romancier anglais, auteur de romans policiers et de romans à énigme né en 1954.

Élève à la Price School à Fareham, il a suivi ensuite des cours d'histoire à Cambridge. Journaliste puis enseignant, Robert Goddard a dirigé un établissement scolaire dans le Devon pendant plusieurs années avant de se consacrer entièrement à l'écriture.

Depuis 1986, il écrit des romans policiers.

Ses romans contiennent la plupart du temps des éléments historiques. Leur intrigue se situe dans des villes ou des bourgades anglaises et met fréquemment en scène un personnage central qui découvre une conspiration dont la révélation va bouleverser sa vie.

Trois de ses romans : Into the Blue (1990), (publié en français sous les titres "Les Ombres du passé" et "Heather Mallender a disparu"), Out of the Sun (1996) et Never Go Back (2006), bien que racontant des histoires indépendantes les unes des autres, forment une série chronologique avec un personnage principal récurrent, Harry Barnett.

Sonatine publie ses ouvrages : Par un matin d’automne (2000) ; Heather Mallender a disparu (2013) ; Le secret d’Edwin Strafford (2013) ; Le retour (2014) ; Sans même un adieu (2016) ; Les mystère d’Avebury (2017)

Robert Goddard vit actuellement à Truro dans les Cornouailles.

jeudi 14 septembre 2017

Dans le désert



L’année dernière, l’heureux hasard m’avait fait découvrir cet auteur avec "Briser la glace " ; le hasard reviendra frapper à ma porte avec ce nouvel opus. Cette fois, Julien Blanc-Gras, infatigable et impertinent  voyageur pose son sac dans les pays du golfe. Du Qatar à Oman, en passant par tous les émirats arabes, c’est avec un œil à la fois décalé, exigeant, et sans complaisance qu’il nous livre ses impressions, sa vision des choses et des gens qu’il sera amené à rencontrer, ou pas selon le pays.

C’est à la fois drôle, féroce, irrévérencieux. Sa plume agréable et vivante nous transporte aux pays aux mille et un contrastes et plein de paradoxes. Il montre bien l’hypocrisie structurelle de ces sociétés ayant un pied ancré dans le futur, et l’autre solidement attaché à ses traditions souvent moyenâgeuses.

Ce récit de voyage m’aura fait passer un très bon moment, et aura confirmé des envies d’escapade orientales.

Document  faisant partie de la sélection du jury d’octobre pour le grand prix des lectrices Elle 2018

Dans le désert, de Julien Blanc-Gras, chez Au diable Vauvert (Septembre 2017, 192 pages)


Julien Blanc-Gras est un écrivain voyageur et journaliste-reporter né à Gap en 1976
Il a fait des études de journalisme à Grenoble, où il obtient un DEUG d’histoire puis une maîtrise en journalisme, puis à Hull en Angleterre.
En 2005, il a publié au Diable Vauvert, "Gringoland", qui conte un périple latino-américain et a été lauréat du festival du Premier Roman de Chambéry et "Talents à découvrir" des librairies Cultura.
En 2008, il a publié "Comment devenir un dieu vivant", une comédie apocalyptique déjantée, puis "Touriste" en 2011, et "Géorama" en 2014.

Il a séjourné aux îles Kiribati à l'automne 2011 pour réaliser son livre, "Paradis (avant liquidation)" (2013).

En 2015 paraît "In utero", en 2016 "Briser la glace" chez Paulsen.

mardi 12 septembre 2017

Summer



Sur les rives du lac Léman, quartier chic ; les Wassner, une famille huppée…..
Benjamin, le petit dernier de la famille mène une vie un peu chaotique. Il suit une psychothérapie. En réalité, Summer, sa sœur ainée a disparu il y a vingt-cinq ans lors d’un pique-nique, comme ça… Et tout cela lui revient comme un boomerang. Benjamin a besoin de comprendre, de savoir. Il est hanté par les eaux du lac Léman siège de tous ses fantasmes, la demeure des fantômes qui le hantent depuis des années.

Summer est une plongée dans les affres de la famille bourgeoise prise en tenaille par ses secrets, son obsession du paraître et dont la vérité est une valeur à géométrie variable. Pas évident donc de se construire au milieu de tout ça.
Benjamin rame, mais s’accroche au souvenir de cette sœur omniprésente, et pourtant si absente.

Summer est un roman qui m’aura semblé paradoxal du début à la fin. Paradoxal parce qu’en définitive je ne sais pas si je l’ai aimé. Et pourtant j’ai eu un mal fou à le lâcher. Son écriture est assez addictive, son style fluide et facile. L’omniprésence de l’eau, et l’atmosphère globale si humide  (qui en rebuté plus d’un) ne m’a même pas gêné. Et pourtant, je ressens indéniablement un grand vide à l’issue de la lecture ; une forme d’inconsistance meublait les pages, dans une histoire somme toute assez fade sur une thématique qui n’est pas nouvelle en littérature et dont le traitement m’a semblé exploité sans trop de conviction.

Summer ne fut pas un roman désagréable à lire, mais pas inoubliable.

Roman choisi par le jury de septembre pour le Grand prix des lectrices Elle 2018 dont je fais partie.

 Summer de Monica Sabolo, chez Lattès (Août 2017, 320 pages)


Monica Sabolo est un écrivain français d'origine italienne. Elle vit à Paris.
Elle est journaliste. (Elle, 20 ans, Voici). Après Le Roman de Lili, elle signe avec Jungle son second roman.
Elle reçoit le Prix de Flore 2013 pour "Cela n’a rien avoir avec moi". Elle publie en 2015 "Crans-Montana"

dimanche 10 septembre 2017

La tête et le cou-Histoires de femmes russes



Comme son sous-titre l’indique ce livre est un recueil de 14 témoignages de femmes et de celui d’un homme.
Les femmes sont issues de 3 générations, donc issues de 3 histoires différentes au sein d’un même pays : du temps de la dictature communiste, celui du chaos post-URSS, le pays de Poutine, un démocrate à sa façon….
Ces femmes s’expriment à bâton rompu sur leur condition de femme ; leur rapport à la féminité, leur rapport aux hommes ; de leur cohabitation souvent houleuse et dramatique avec l’ennemi commun du couple qu’est l’alcool. Elles s’expriment en outre sur leur conception de l’homme fort.

Si j’ai agréablement traversé les lectures des 5 premiers témoignages, les suivants m’ont assez vite semblé répétitifs. Malgré les personnes différentes et les époques différentes, j’avais l’impression de déjà-vu, et déjà-vu. Logiquement, j’ai donc trouvé le début instructif, puis je me suis essoufflée

Sur la forme, le style est assez direct, non travaillé parce qu’émanant des femmes qui témoignent et donc semblable à une conversation avec ce qu’elle peut avoir de décousu, répétitif, d’hésitant, ou d’intense, parfois. Les articles sont assez courts et permettent une lecture séquentielle. Concernant le contenu, au risque de passer pour une horrible insensible, je dois avouer que l’ensemble ne m’a pas touché. Il s’est instauré une distance entre elles et moi me privant sans aucun doute d’apprécier l’ouvrage à sa juste valeur. Dommage….

Document choisi par le jury de septembre pour le Grand prix des lectrices Elle 2018 dont je fais partie.

La tête et le cou de Maureen Demidoff, aux éditions des Syrtes (Août 2017,200 pages)


Maureen Demidoff est journaliste. Elle a vécu 8 ans à Moscou, où elle a fondé en 2010 le site Russieinfo.com dont elle est responsable éditoriale
Elle est également l’auteur du livre Portraits de Moscou et correspondante freelance du journal belge L’Écho.

samedi 9 septembre 2017

Bakhita



Bakhita, c’est son nom d’esclave ; parce qu’elle ne se souvient plus de celui avec lequel elle est née. De sa petite enfance au Soudan il ne lui reste que peu de bons souvenirs. Le reste n’est que violence, mutilation, exploitation. Bakhita ne doit son salut qu’à un italien qui, la ramenant en Italie, lui offrira les conditions menant à  son émancipation –acquise non sans mal dans un pays où l’esclavage n’existait pas.

Véronique Olmi quitte le thème des tourments intérieurs, le cadre du couple pour s’intéresser au destin romanesque d’une esclave soudanaise, qui une fois libre, s’est engagé le plus naturellement du monde dans la vie religieuse au service des jeunes filles. Première religieuse noire, Madre Moretta, étonne au départ. Ses qualités humaines, sa bonté, son humilité et la force de son engagement feront d’elle une sœur aimée, et plus tard une sainte. Si Bakhita a pu atteindre ce niveau de bonté, c’est en souvenir du peu d’années où elle vécut au milieu des siens.

De ce que j’ai pu lire de Véronique Olmi, ce livre est le plus abouti, le plus beau et le plus ambitieux. S’il tient beaucoup à la personnalité extraordinaire de son héroïne, la qualité de l’écriture est incontestable. A mon sens il lui a juste manqué une once de souffle romanesque et de fluidité pour en faire un coup de cœur.


Je remercie les éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre.



Bakhita de Véronique Olmi chez Albin Michel (Août 2017, 460 pages)

Après avoir suivi des études d'art dramatique chez Jean-Laurent Cochet, Véronique Olmi ( née en 1964) a été assistante à la mise en scène pour Gabriel Garran et Jean-Louis Bourdon de 1990 à 1993.

Auteure pour le théâtre, elle a également publié, en 2001, chez Actes Sud, son premier roman, "Bord de Mer" qui a reçu le Prix Alain-Fournier.

Elle a dirigé durant trois ans le comité de lecture du Théâtre du Rond-Point.

A la demande de Laure Adler, elle a produit et animé 5 numéros d'une émission sur France-Culture "C'est entendu !".

Elle a signé pour le Figaro Madame un reportage: "Les amazones de Tsahal".

"Cet été-là" reçoit le prix des Maisons de la Presse en 2011.

En janvier 2012, le Festival "Le Paris des femmes" au théâtre des Mathurins s'est déroulé sous sa direction artistique.

"Nous étions faits pour être heureux" sort en 2012.